Terreurs nocturnes et les joies du sommeil

 Solution miracle pour une terreur nocturne chez les enfants – Webreveil

Il y a un truc assez étrange avec l’esprit. Étrange et, si tu t’imagines être Dieu, presque miraculeux. Comme tu n’es pas Dieu cependant, et que tu n’as pas accès aux couloirs situés derrière le monde, tu trouves ça plutôt dérangeant.

Voici donc : l’esprit n’est pas contrôlable. Lorsqu’on veut le contrôler, il sait s’évader. Il a une technique très facile, un temps juste pour lui : le sommeil. Ce moment où l’humain doit laisser aller le contrôle.

Est-ce un jeu de l’esprit? Ça ne te semble pas un jeu, même si tu essaies de prendre le tout en riant. Toi, petite chanceuse, tu fais des terreurs nocturnes. À trente-huit ans. Quand tu en parles, les gens ne savent pas ce que c’est, ou alors c’est lié à une réalité de jeune enfant. Même ta docteure ne savait pas trop ce que c’était, quand tu lui as dit que ça te gâchait le sommeil. Quand tu lui as réclamé une pilule pour, au moins un peu, apaiser les terreurs.

C’est plutôt dérangeant, car bien que tu contrôles toute ta vie, que tu sois passée maître dans l’art de l’organisation, des routines et des horloges, tu ne contrôles pas ton esprit la nuit.

Les terreurs arrivent avec une régularité épuisante. Chaque nuit ou presque, une fois que tu as posé la tête sur l’oreiller et que tu rejoins le monde de l’oubli, elles ouvrent l’œil pour toi, les sacrées coquines. Il y a des fois où tu ne te réveilles pas du tout. Tout d’un coup, à minuit, tu es dérangée par la lampe de chevet, sans te rappeler l’avoir allumée. Ces moments, qui remontent à ton adolescence, sont anodins et simplement curieux.

Les moments les plus dérangeants, c’est lorsque soudain, tu es dans un cauchemar éveillé, en train de voir ton monde s’effondrer ou de te faire attaquer, et tu es dans ta chambre, dans ton corps – oui, quand on est adulte, les terreurs nocturnes peuvent se mêler de somnambulisme -, ce qui est tout bonnement terrifiant. C’est bien pour ça qu’on les appelle des « terreurs », il n’y a pas d’exagération. Tu cherches alors, en panique extrême, le fil de la lampe de chevet pour l’allumer. Ou tu te sauves de ta chambre et de ta maison (oui, tu t’es réveillée quelques fois, presque nue, la porte ouverte sur le froid de l’extérieur). Tu t’es même presque brisé le pied, l’été dernier, chez ton père, car il faisait trop noir et dans ta panique, tu n’as pas fait attention à tes gestes. Ces épisodes remontent à loin. Tu as un souvenir vivace de ta première terreur nocturne – un couteau qui remontait vers toi, et qui t’a fait courir dans le salon, arrachant couvertures et draps au passage. Tu avais vingt-trois ans.

Tu es épuisée de ces terreurs, qui peuvent survenir une fois, puis deux, puis trois, jusqu’à quatre fois par nuit. Ça ne fait pas un sommeil très réparateur, du moins pour les premières heures de la nuit. Ça ne donne pas non plus trop envie d’aller se coucher, quand on sait que des monstres nous attendent derrière nos paupières.

Est-ce psychologique? Tu n’en es pas sûre. Oui, évidemment, plus tu es stressée et fatiguée, plus tu en fais, de ces terreurs. Tu as quand même fait le lien, après toutes ces années. Mais tous les gens stressés ne font pas des terreurs nocturnes. Et tu n’as aucun souvenir d’avoir été agressée, attaquée, d’avoir vécu un cataclysme.

Tu as passé les tests – pas d’apnée du sommeil -, tu ne bois presque pas, tu ne consommes aucune drogue. Pas de chance : ces terreurs viennent de ton héritage familial. Ta tante, ta cousine, tes petits-cousins en font eux aussi. Pourquoi eux, et pas les autres? Pourquoi toi? C’est neurologique, as-tu lu. Il n’y a pas vraiment de remède, sauf la psychothérapie, et même ça, tu doutes que ça pourrait t’aider – tu as quand même envie d’essayer.

L’explication qui fait le plus de sens pour toi est plutôt bizarre – mais au point où tu en es, tu n’iras pas rejeter une hypothèse simplement parce qu’elle est étrange. Donc cette explication origine de la famille de ton père – ceux qui font des terreurs. Plus précisément, de ta grand-mère paternelle. Une femme que tu n’as pas connue, mais qui a été malheureuse – et malade. Mariée de force à un autre homme que celui qu’elle aimait, elle aurait aussi été violée – une confidence que ton père a reçue, enfant. Elle a fait plusieurs séjours à l’hôpital psychiatrique. Tu aimerais en savoir plus sur ta grand-mère, mais même ces informations parcellaires sont assez parlantes. Un traumatisme profond, porté en silence.

Quand tu penses à ces terreurs nocturnes, tu penses à ta grand-mère. Tu as l’impression d’être habitée par cette femme, par sa profonde douleur. Tu te dis que peut-être, quelque chose a été transmis de cette femme jusqu’à toi, par l’ADN ou, pourquoi pas, par un lien de l’esprit. Et tu as envie de donner la paix à ta grand-mère. D’honorer sa mémoire. De lui donner du réconfort, tout le réconfort auquel elle n’a pas eu droit alors que son enveloppe mortelle foulait la terre. Tu te dis que peut-être ainsi, les terreurs cesseront.

C’est un peu fou comme théorie. Que ceux qui font des terreurs nocturnes se moquent de toi. Pour les autres, le silence suffit.

 

 

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